mardi 21 mai 2024

Julien Cheere : « Innover à la française »

À la tête de l’entreprise Engmar, Julien Cheere développe sa PME et s’appuie sur son équipe R&D et sur son équipe technico-commerciale qui lui apporte de nombreux retours du terrain. Le but ? Améliorer toujours les produits proposés au marché, notamment les torches aspirantes, mais au-delà, le groupe aspirant, afin de conserver son leadership dans cette niche…


Julien Cheere, qui êtes-vous ?
Julien Cheere : Je suis un papa de deux enfants, marié, et je travaille dans l’industrie depuis maintenant plus de 20 ans. J’ai suivi des études d’ingénieur avec une base technique forte, et j’ai toujours voulu travailler sur la partie commerce et développement d’entreprise.

Et aujourd’hui, quelles fonctions exercez-vous ?
Julien Cheere :
Aujourd’hui, je dirige la société Engmar, qui est spécialisée dans l’aspiration des fumées de soudage, qui est vraiment un métier de niche. Je suis tombé dedans quasiment en sortie d’école d’ingénieurs. Et puis, j’ai fait mes gammes au sein de l’entreprise, et maintenant, je la dirige.

Quelle formation en école d’ingénieurs ?
Julien Cheere :
C’était une école en apprentissage ; ce qui était assez innovant au début des années 2000. Le diplôme était délivré par le Cesi, le réseau d’écoles d’ingénieurs, et donc, toute la partie technique était distillée par l’École Centrale de Lyon.

Engmar, Une PME française basée à côté de Lyon…

Aujourd’hui, vous êtes à la tête de la société Engmar, et vous êtes également exposant au salon EuroBlech, à Hanovre, en 2022, parce que vous avez des innovations que vous présentez au public. Quelles sont-elles ?
Julien Cheere :
Absolument, on essaie d’exporter le savoir-faire à la française et notre métier spécifique. Nous présentons nos dernières nouveautés produits à EuroBlech… La société est vraiment spécialisée dans le captage à la source des fumées de soudage, et nous avons mis au point un groupe aspirant dédié à cette application. Cela permet de n’avoir aucun contact avec les poussières et les fumées de soudage que vous aspirez, que ce soit pour la maintenance, ou pour les interventions sur le groupe. Ce groupe est doté d’une certaine intelligence, puisqu’il y a un nettoyage de filtre intégré, avec une interprétation des seuils d’encrassement des filtres et un système de vidange qui guide l’utilisateur pour pouvoir récolter les poussières sans danger.

Pourquoi aspirer à la source ?
Julien Cheere :
Il faut savoir que les fumées de soudage sont cancérigènes avérés, au même niveau que l’amiante. Le captage à la source est une solution vraiment très efficace dans la plupart des procédés de soudage, et notamment, le procédé le plus répandu, qui est le Mig-Mag. Nous utilisons une torche aspirante qui permet à la fois de souder et de capter les fumées directement. Cela évite aux particules de se diluer dans l’atmosphère de travail, et cela permet de venir les récolter directement à la source, sans mettre de gros débits d’extraction en jeu.

Les torches aspirantes Engmar s’installent aussi sur cobot…

Est-ce une réelle innovation?
Julien Cheere :
C’est un principe qui existe depuis longtemps. L’innovation ici réside dans le savoir-faire de l’entreprise, à la fois dans les puissances installées des groupes aspirants, mais aussi dans la filtration et la maintenance de ce groupe.

Comment le public réagit-il quand il voit ce nouveau groupe ?
Julien Cheere :
C’était une surprise, mais nous avons été nominés aux Awards du salon. Je suis donc assez fier des équipes qui ont travaillé à l’innovation sur ce nouveau groupe aspirant, et puis fier aussi de mon équipe export qui a porté haut en couleur ce nouveau produit. Je pense donc que le public a plutôt bien réagi.

Centrale haute dépression permettant le fonctionnement simultané de plusieurs torches aspirantes et/ ou de plusieurs capteurs laminaires de proximité. Le principe proposé par Engmar permet un ajustement précis de la consommation électrique en fonction du nombre de postes en fonctionnement, ce qui permet de réduire le coût d’exploitation en fonction de la production réelle en atelier.

Vous parliez d’une innovation à la française, c’est quoi innover à la française ?
Julien Cheere :
Innover à la française, c’est beaucoup d’observation du marché et de l’application. Nous essayons vraiment d’avoir un service innovation qui est très proche de l’utilisateur. Nous avons beaucoup d’itérations avec les soudeurs pour mettre au point les produits, souvent parce qu’ils touchent à leur quotidien. Être proche de l’applicatif : c’est ça l’innovation à la française !

Comment votre politique R&D se développe-t-elle chez vous ?
Julien Cheere :
Depuis 10 ans que je dirige la société, il y a vraiment la volonté de mettre les moyens sur l’innovation. Le but est de toujours sortir de nouveaux produits pour aller toujours plus loin dans le confort du soudeur. La politique que nous mettons en place, c’est recruter beaucoup de jeunes qui viennent compléter les équipes. Nous avons mis en place une filière avec les écoles d’ingénieurs du Lyonnais, notamment l’INSA de Lyon, qui dispose d’une filière “conception de produits industriels”. Le but et donc de placer en pépinière de nombreux ingénieurs en apprentissage. Nous les formons sur trois ans. Notre but ensuite est de les embaucher. Je dispose aujourd’hui d’un service R&D de 5 personnes : sur 40 employés, c’est plutôt pas mal ! Cela permet de nous adapter aux contraintes que l’on rencontre sur le terrain. Cela est important dans notre stratégie de développement à l’export. Dans ce cadre, nous devons adapter nos produits à la législation du pays, à sa culture. Nous devons donc vraiment nous appuyer sur ce service innovation.

Comment votre chiffre d’affaires se répartit-il entre le marché domestique et l’export ?
Julien Cheere :
Nous sommes aujourd’hui dans les balbutiements à l’export. Ce n’est pas si simple d’être Français et de s’exporter.

Pourquoi ?
Julien Cheere :
Je pense qu’il y a une culture française très franco-française. Les nouvelles générations qui arrivent sont beaucoup plus ouvertes sur le monde et l’Europe notamment. C’est en train de changer, mais il y a la barrière de la langue. Je pense qu’en France, nous avons une formation très limitée sur les langues, ou en tout cas négligée. Cela crée une barrière pour les employés qui doivent travailler sur l’exportation des produits. C’est un vrai sujet, un vrai enjeu pour la suite, parce que nous avons besoin de rééquilibrer la balance commerciale de la France.

Un mot sur l’environnement… Est-ce que c’est une préoccupation au sein de votre société ? une préoccupation pour le marché ?
Julien Cheere :
Oui, c’est une préoccupation. Je pense que nous sommes tous un peu pareils : nous constatons les changements climatiques, nous sommes tous un peu inquiets de ce que nous pouvons voir actuellement, nous essayons donc de mettre en place notre politique RSE. C’est vrai que c’est tout nouveau pour les entreprises : ce sont encore des investissements supplémentaires. Nous sommes en train de travailler sur nos filières de traitement des déchets, sur le fait d’utiliser le moins possible de matériaux justement lorsque nous travaillons à l’innovation sur de nouveaux produits. C’est donc toute une démarche qui est en train de se mettre en route, mais qui va prendre du temps, parce qu’il faut former les gens, il faut les accompagner.

Quelles innovations verrons-nous en 2023 ?
Julien Cheere
: En 2023, nous nous positionnons sur de nombreux sujets. Je ne sais pas trop si je souhaite en parler comme ça, mais disons qu’on est en train de travailler sur notre produit phare qui est la torche aspirante, puisque c’est un marché qui est en train de s’ouvrir beaucoup. Il y a des entreprises de grandes dimensions dans le soudage qui se mettent sur ce sujet-là, et nous souhaitons vraiment conserver, alors peut-être pas une avance technique, mais en tout cas un leadership sur ces produits. Nous sommes donc en train de travailler à l’amélioration de nos gammes existantes, de tous nos produits. Nous verrons donc certainement de nouvelles centrales d’aspiration Engmar en 2023 que nous pourrons présenter à Schweissen & Schneiden…

« Notre service innovation se nourrit des retours terrain »

Vous parliez également du confort de l’utilisateur. Comment travaillez-vous sur l’amélioration de ce confort, sur l’ergonomie de vos produits ?
Julien Cheere :
Nous travaillons beaucoup avec notre force de vente composée de quatre technico-commerciaux qui sont tout le temps dans les ateliers de soudage avec nos utilisateurs pour, justement, réaliser des démonstrations de matériel, accompagner les soudeurs. Nous nous nourrissons de ces retours-là. Nous nous appuyons sur ces retours terrain qui nous permettent d’observer, d’avoir les vrais retours des soudeurs, pour mettre en place des actions et identifier les produits qui peuvent les aider dans leur travail.

Quel avenir voyez-vous à la fois pour la société, mais aussi pour son dirigeant?
Julien Cheere :
On ne sait jamais de quoi l’avenir est fait, mais en tout cas, nous travaillons pour que l’entreprise se développe. Nous rejoignons l’accélérateur BPI, qui est un dispositif pour accompagner les entreprises dans leur développement, et j’espère que nous aurons une PME de plus grande taille d’ici à cinq ans. Nous avons tout à faire et nous essayons vraiment de nous développer et de nous porter à la fois sur notre marché domestique, en France, et sur l’export.

Propos recueillis par Nicolas Gosse

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