mardi 21 mai 2024

Bruno Bouygues : « Gys sera en Europe la deuxième marque de soudage en mécanisation »

Entretien avec Bruno Bouygues, président-directeur général de Gys, un groupe familial français innovant, actif dans la conception et la fabrication de matériel de soudage, que ce soit l’arc ou par point.

Vous disposez d’une usine à Laval, en France. Qu’y fait-on ?

Bruno Bouygues : C’est une usine qui a grandi avec le temps. Elle a été reprise par mon père, Nicolas Bouygues. Je l’ai rejoint quelques années plus tard. Ensemble, nous avons essayé de construire une base industrielle verticalement intégrée. Dans notre usine de Laval, nous faisons de la conception, mais aussi la fabrication de l’ensemble des semi-ouvrés qui entrent dans la fabrication d’une machine. Notre savoir-faire englobe la tôlerie, la filerie, la câblerie, l’usinage, l’électronique, le développement de logiciels. L’ensemble des éléments qui entrent dans la fabrication de machines est fabriqué ici.

Gys a démarré en 1964. Peu d’activités restent communes avec les débuts. Quelle est l’histoire du groupe ?

Bruno Bouygues : La société Gys a été fondée par la famille Stéphany, un papa et son fils, Guy et Yves. D’où son nom qui reprend leurs initiales. Le métier original de l’entreprise était la fabrication d’autotransformateurs – 110 volts, 230 volts. Petit à petit, ils se sont diversifiés dans la charge, donc les chargeurs de batterie, puis le matériel de soudage. Le groupe a été revendu. Nous l’avons repris, avec mon père, en 1997, à un moment où il connaissait des difficultés. Il y a une forme de résonance entre les fondateurs et cette deuxième famille d’entrepreneurs, puisque c’est encore un père et son fils qui écrivent le volet actuel de l’entreprise. Il y a 20 ans, Gys était principalement dans la science du transformateur, l’électromécanique. Aujourd’hui, nous sommes plus dans la science de l’électronique, des logiciels, des objets communicants intelligents.

Quand on rentre dans l’usine, on voit des drapeaux français, on voit le plan France Relance. C’est important d’avoir une usine de production en France ?

Bruno Bouygues : En tant que Français, c’est pour moi fondamental. Et puis, le plan de relance nous a aidés aussi dans les investissements, donc j’en profite pour les remercier. Mon père et moi sommes ingénieurs de formation. Avec nos collaborateurs, nous sommes passionnés tous les deux par la conception, le développement et puis la fabrication de nos produits. Ainsi, avoir la possibilité de se lever le matin et d’aller dans une usine qui est l’une des plus modernes au monde dans notre industrie, représente, selon moi, une grande chance.

Quand on rentre, on voit aussi votre slogan : « Invest in the future. » Qu’est-ce que cela signifie ?

Bruno Bouygues : L’histoire du slogan est intéressante. Avec l’arrivée des filiales internationales, les patrons des filiales m’ont demandé de développer un motto dans lequel l’ensemble des collaborateurs du groupe puisse se retrouver. Nous avons travaillé tous ensemble, et à un moment nous nous sommes dit que finalement, ce qui était le plus important dans l’ADN de Gys, c’était d’investir : investir dans nos collaborateurs, et investir dans nos outils industriels, dans nos outils de commercialisation, dans nos centres logistiques. Comme nous investissons tout en préparant le futur, nous avons combiné ces concepts et trouvé une phrase en anglais compréhensible : « Invest in the future. »

Chez vous, on parle aussi beaucoup d’innovation. Qu’en est-il ?

Bruno Bouygues : L’innovation chez Gys a plusieurs sources, mais intellectuellement, nous la définissons selon deux axes : l’innovation produit et l’innovation processus. Le fait d’être verticalement intégré nous permet d’avoir une innovation processus exceptionnelle – peut-être l’une des plus riches dans notre secteur. L’innovation produit, quant à elle, se fait beaucoup en collaboration avec d’autres entités. Nous sommes par exemple à l’écoute de nos clients qui ont des besoins qui n’arrêtent pas d’évoluer. Nous travaillons par ailleurs avec un écosystème de laboratoires, de startups, de fournisseurs, avec lesquels nous développons, de façon collaborative, soit des technologies, soit de nouveaux produits.

Les locaux de l’usine de Laval (Saint-Berthevin) sont gigantesques. Le groupe a décidé de s’appuyer sur une production verticalisée.

Vous parlez d’usine verticalement intégrée. Est-ce une particularité ?

Bruno Bouygues : Oui. Ce n’était pas le cas lorsque nous avons repris l’entreprise, lorsqu’elle était concentrée sur la conception et l’assemblage final des produits. Mais lorsque nous avons commencé à voyager avec mon père et que nous sommes allés en Inde, en Chine, nous avons vu que nos grands concurrents asiatiques étaient verticalement intégrés ; c’est aussi le cas aux États-Unis. Donc, nous nous sommes dit que si un jour nous voulions réussir – c’était il y a 20 ans – il fallait adopter la même stratégie. Nous nous sommes ainsi inspirés des meilleurs de la classe, qui étaient verticalement intégrés. Quelque 20 ans plus tard, nous avons constaté que cette stratégie nous avait été favorable. Pourquoi ? Parce que l’innovation et la bascule du monde de l’électromécanique vers l’électronique – d’abord simple, puis complexe, puis avec des écrans, puis connectée, et puis devant faire face maintenant à l’arrivée de l’intelligence artificielle –, permet d’accélérer lorsque vous êtes verticalement intégré. Cela offre la possibilité d’innover à tous les niveaux.

Dans cette intégration verticale, vous disposez de tout sauf de la plasturgie. C’est une question de temps ou bien est-ce un choix ?

Bruno Bouygues : C’est une question de temps et de montée en compétences. Aujourd’hui, nous disposons de beaucoup d’imprimantes 3D pour faire soit du prototypage, soit des gabarits, soit des petites séries, mais nous fabriquons des pièces qui se positionnent plutôt à l’intérieur des produits. Nous pouvons aussi, avec notre atelier de mécanique, usiner des plastiques durs. Pour autant, en ce moment, nous recrutons des ingénieurs en plasturgie pour, demain, préparer l’arrivée de ce dernier département qui nous manque, la plasturgie.

Gys compte environ 1 000 salariés. Des questions relatives à la RSE (responsabilité sociale et environnementale des entreprises) se posent donc. Ce sont des sujets qui vous touchent ?

Bruno Bouygues : Ce sont des sujets qui sont importants. Disons que c’est important de bien comprendre comment intégrer cela. Chez Gys, dans la réflexion sur la RSE, les premiers sujets sur lesquels nous nous sommes attelés sont l’amélioration de nos processus et la documentation de ces processus. C’est pour cela que nous avons travaillé sur la norme ISO 14001. Nous sommes désormais certifiés, ce qui nous permet d’avoir un niveau assez élevé en qualité sécurité environnement (QSE). Le deuxième point, c’est l’innovation : l’innovation pour concevoir des produits qui consomment moins, qui sont plus frugaux pour la même application. C’est aussi le développement de charges à réinjection réseau pour moins consommer aussi dans l’usine. Nous fabriquons 2 à 3 000 produits par jour, qu’il faut tester à pleine puissance. Aujourd’hui, cette puissance est, après tests, dissipée dans des radiateurs ; demain, elle sera réinjectée dans le réseau électrique pour consommer moins dans l’usine. Ainsi, l’innovation produit, l’innovation processus et surtout la certification par des tiers de confiance participent à notre démarche RSE.

La robotisation du soudage, un enjeu majeur pour Gys et son concept Sam…

Qu’en est-il du côté social, sociétal ?

Bruno Bouygues : Nous avons collectivement la volonté de faire monter notre écosystème en compétences et toujours essayer d’emmener l’ensemble de nos collaborateurs vers ce qui se fait de mieux au monde. Cela représente de la formation, de l’incorporation de nouvelles compétences et aussi un dialogue fort. Et puis nous essayons d’être exemplaires pour pouvoir tirer tout le monde vers le haut.

Quelle est votre feuille de route aujourd’hui ? Comment voyez-vous l’avenir, notamment sur la robotisation ?

Bruno Bouygues : Historiquement, Gys faisait plutôt du matériel manuel ; c’est un chemin que nous allons continuer d’emprunter. Nous avons beaucoup de nouveaux produits qui sont sortis cette année, notamment dans le domaine du process de soudage MIG. Toutefois, depuis 18 mois, nous avons décidé de commercialiser des produits autour de la robotique. Nous arrivons avec une innovation assez forte qui s’appelle Sam (pour Smart Automation Module). Ce dispositif nous permet d’interconnecter rapidement des robots et nos postes de soudage. Je pense que la mécanisation du monde est obligatoire, parce qu’il y a une perte de compétences dans beaucoup de domaines industriels. Cette mécanisation, et l’intelligence qui y est associée va permettre de compenser cette perte de compétences. Cela fait 18 mois que nous commercialisons cette innovation, mais cela fait sept ans que nous y travaillons. Les premiers résultats sont extraordinaires, et je pense qu’en 2023, Gys sera la deuxième marque de soudage en mécanisation en Europe.

Votre ambition avec Sam, c’est de passer de la semaine à la minute ?

Bruno Bouygues : Aujourd’hui, les protocoles de communication et les bases de données ne sont pas compatibles. L’intégration robotique consomme donc un temps fou, surtout quand on n’est pas habitué. L’objectif de Sam, c’est exactement ça : c’est de passer d’une semaine à quelques minutes. L’inspiration vient de la connexion d’un ordinateur à une imprimante. Il y a 20 ans cela, lorsque l’on perdait la disquette permettant de connecter l’un à l’autre, c’était compliqué. Aujourd’hui, c’est complètement automatique. Eh bien, aujourd’hui, l’objectif est de travailler sur des standards. D’abord, les dispositifs seront propriétaires, puis ils seront peut-être à terme, partagés pour, justement, faciliter la montée en compétences de la robotisation un peu partout dans le monde.

Cloud et intelligence artificielle sont-ils des concepts que l’on peut lier au monde du soudage ?

Bruno Bouygues : Oui. C’est peu connu, mais par exemple, une gamme de MIG pulsé implique une plateforme logicielle composée de plus de deux millions de lignes de code. Les MIG pulsés font partie des machines les plus sophistiquées au monde. Cette sophistication permet de tout souder. Aujourd’hui, nous avons de plus en plus de demandes pour transférer les résultats dans des tableaux. Ces tableaux pouvant être partagés via le cloud. Dans une problématique de traçabilité, cela nécessite une communication entre les machines et le cloud. Or, comme les machines sont très rapides, puisqu’elles utilisent des microprocesseurs de dernière génération, cela sort énormément de données. Toutes ces données, il va falloir les traiter, et c’est là où l’intelligence artificielle devient intéressante.

Comment voyez-vous l’avenir de l’entreprise et l’avenir de son dirigeant aujourd’hui ?

Bruno Bouygues : Gys est une entreprise familiale. Dans la mesure où j’ai un peu moins de 50 ans, je vais y rester encore une quinzaine d’années. Dans la famille, il y aura peut-être des enfants, des neveux qui seront intéressés à venir travailler dans l’entreprise, je ne sais pas. La question se posera dans une dizaine d’années. Au niveau de la structure familiale et capitalistique, comme tout est familial pour l’instant, nous regarderons ce qui se passe. Au niveau commercial et au niveau développement, Gys vend ses produits dans 132 pays. Toutefois, nous ne sommes implantés, aujourd’hui, que dans six pays. Nous disposons de deux usines : en France, l’usine de Laval, qui est très grande, et une usine en Chine. Mon objectif est d’avoir quatre ou cinq usines et peut-être une trentaine de filiales avant de prendre ma retraite.

Propos recueillis par Nicolas Gosse

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